
© "Value and Action", Palooja, CC BY 2.0
Les valeurs ne sont pas des construits purement cognitifs. La recherche en neuroimagerie montre que leur traitement implique le cortex préfrontal ventromédian (vmPFC), qui intègre la valeur émotionnelle des expériences et guide les décisions selon les priorités profondes de la personne (1).
Travailler sur les valeurs est par ailleurs une façon de renforcer l'inhibition des circuits de la menace : le vmPFC est la région dont l'activation est inversement corrélée à l'hyperactivité amygdalienne dans le PTSD (2).
Enfin, s'engager dans ce qui a du sens produit des effets neurobiologiques distincts du simple plaisir immédiat (3, 4). C'est une façon de dire qu'il existe un véritable contentement à incarner ses valeurs profondes, qui n'est pas de l'hédonisme mais ce qu'Aristote nommait eudaimonia, traduit aujourd'hui en psychologie positive comme bien-être eudémonique (13).
Il existe différentes approches du travail sur les valeurs dont les principes peuvent être utilisés en thérapie intégrative.
La clarification des valeurs en ACT constitue le pivot entre acceptation et action engagée. Il est soutenu que les interventions basées sur les valeurs choisies par la personne augmentent la tolérance à la souffrance et l'engagement dans la vie (5). L'affirmation de valeurs réduit à elle seule la réponse neuroendocrinienne au stress, indépendamment des ressources dispositionnelles (6).
Un exemple concret : choisir la valeur "être présent avec mes enfants" oriente le comportement comme une boussole, sans que l'objectif soit jamais considéré comme atteint ou échoué définitivement. La valeur reste une direction, non un standard de performance.
Une limite claire : les personnes avec des dysrégulations chroniques du système nerveux risquent, classiquement quand il s'agit de TCC, à la fois beaucoup plus de découragement à ne pas réussir à tenir le cap et d'en payer le prix par la culpabilisation ou la honte chroniques qu'ils connaissent souvent déjà.
Young ne parle pas directement de valeurs mais de besoins fondamentaux (sécurité, autonomie, appartenance, compétence, liberté d'expression) dont la frustration chronique produit des schémas inadaptés précoces. Une étude récente (7) montre que la combinaison thérapie de schémas, acceptation et défusion des pensées (ne pas s'identifier aux pensées produites, concept issu de l'ACT) permet de réduire l'activation par les ruminations des modes dysfonctionnels, facilitant l'accès aux valeurs authentiques chez des populations pédiatriques et leurs parents.
Le mécanisme neurobiologique central est la reconsolidation mémorielle via des expériences correctrices répétées : chaque expérience relationnelle qui contredit le schéma précoce crée une nouvelle trace mnésique concurrente, affaiblissant progressivement l'ancienne (8).
La CFT a été développée précisément pour les personnes à honte chronique et autocritique élevée, pour qui l'ACT et la TCC classique restent souvent inaccessibles (9). Un essai de Gilbert et Procter (2006) sur des patients en difficulté chronique sévère montre des réductions significatives de la honte, de l'anxiété, de la dépression et de l'autocritique, avec augmentation de l'autocompassion (10).
La CFT cible le système d'apaisement (ocytocine, sérotonine) en complément du système de menace (cortisol, amygdale) et du système de drive (dopamine) (11). Ce rééquilibrage des systèmes affectifs constitue son originalité par rapport aux autres approches.
Dans une évolution plus récente, l'autocompassion en pleine conscience (MSC, Neff et Germer, 2013) propose un accès à la dignité humaine par l'autocompassion et met l'accent sur l'appartenance de chacun au genre humain comme dimension constitutive de la pratique (12). Cette dimension d'humanité commune est cliniquement puissante pour les personnes isolées dans leur honte et leur culpabilité agressive de ne pas être parfaites.
Ce modèle propose une perspective particulièrement intéressante d'un point de vue clinique. Les valeurs y sont situées à un niveau métacognitif, dans ce que Schwartz nomme le Self : un ensemble de qualités inaltérables, universelles, appartenant à chaque être humain, même si l'accès à ces qualités peut être temporairement compromis par les parts protectrices activées en contexte de trauma ou de détresse.
Ces qualités sont connues sous le nom des 8C et des 5P.
Les 8C décrivent comment le Self se ressent :
Les 5P décrivent comment le Self agit dans la durée :
Ce modèle est convergent avec ce que l'anthropologie évolutive contemporaine dit de la nature sociale et coopérative de l'être humain comme adaptation évolutive primaire. Le biais d'appartenance de groupe, documenté en psychologie sociale évolutive, rappelle toutefois que les mêmes capacités coopératives peuvent produire de l'exclusion et de la violence dès lors que le cercle d'appartenance est restreint à un groupe contre un autre.
L'IFS somatique intègre les apports de la Somatic Experiencing et de la théorie polyvagale : les qualités du Self (8C et 5P) sont accessibles via le corps lorsque le système nerveux est suffisamment régulé. La validation somatique d'une valeur passe par l'intéroception. La recherche sur la Somatic Experiencing (Payne, Levine & Crane-Godreau, 2015) établit que les interventions ciblant l'intéroception et la proprioception produisent une réduction de la dysrégulation autonomique dans les populations trauma (14).
Le felt sense formalisé par Gendlin est une sensation corporelle globale préconceptuelle qui signale la justesse d'une direction ou d'une valeur. Sur le plan neurobiologique, l'intéroception est médiée par le cortex insulaire antérieur, qui intègre les signaux viscéraux et les associe aux états affectifs (15). La dysfonction intéroceptive est documentée dans l'anxiété, la dépression et les troubles somatiques.
Une valeur authentiquement intégrée produit une résonance insulaire distinctive, distincte de la constriction produite par une valeur imposée par le surmoi ou une part protectrice. Ce critère somatique constitue un repère clinique fiable pour distinguer valeur authentique et valeur défensive.
Jan Winhall (2021) a prolongé cette approche dans le Felt Sense Polyvagal Model (FSPM), qui articule explicitement l'intéroception de Gendlin avec la théorie polyvagale de Porges, ouvrant un protocole clinique utilisable auprès des populations trauma (16).
S'engager dans une valeur incarnée (créativité, curiosité, connexion, par exemple) produit une activation préfrontale qualitativement différente du simple plaisir immédiat, avec des effets documentés sur la résilience et la régulation émotionnelle à long terme (3, 13). Ce plaisir de sens active le cortex préfrontal médian et les circuits du réseau par défaut, tandis que le plaisir hédonique active davantage le nucleus accumbens. La distinction n'est pas philosophique : elle est mesurable en neuroimagerie et prédictive de la santé psychologique à long terme (4).
L'approche intégrative présentée ici articule sept éléments (pas étapes, c'est la sécurité intérieure qui donne le tempo) que vous pouvez retrouver dans un accompagnement avec moi (voir ma page Modlités)
Cet ensemble correspond à ce que la recherche en neurosciences de la psychothérapie commence à documenter comme approche trauma-informée de quatrième vague : séquence bottom-up vers top-down, primat de la sécurité relationnelle, et travail du sens depuis un système nerveux régulé (2, 14).
(1) Lim, S.L., O'Doherty, J.P. & Rangel, A. (2013). Stimulus value signals in ventromedial PFC. Journal of Neuroscience, 33(41), 16412-16421.
(2) Dalpian, V. et al. (2023). Neuroscience-based psychotherapy. Frontiers in Psychology, PMC9968886.
(3) Heller, A.S. et al. (2013). Sustained striatal activity predicts eudaimonic well-being. Psychological Science, PMC3866962.
(4) Eubanks, L. (2013). Neurobiology of well-being. Virginia Tech Scholarly Repository.
(5) Gloster, A.T. et al. (2017). The role of values in ACT. The Psychological Record, 67, 3-12.
(6) Creswell, J.D. et al. (2005). Affirmation of personal values buffers neuroendocrine stress responses. Psychological Science, 16(11), 846-851.
(7) Riviste Digitali Erickson (2021). Schema Therapy and ACT in developmental age. Neuropsicologia, Psicoterapia e Riabilitazione, 4(1).
(8) Ecker, B., Ticic, R. & Hulley, L. (2012). Unlocking the Emotional Brain. Routledge. Lane, R.D. et al. (2015). Memory reconsolidation. Progress in Neurobiology, 17(3), 199-208.
(9) Gilbert, P. (2009). Introducing compassion-focused therapy. Advances in Psychiatric Treatment, 15(3), 199-208.
(10) Gilbert, P. & Procter, S. (2006). Compassionate mind training. Clinical Psychology and Psychotherapy, 13(6), 353-379.
(11) Gilbert, P. (2014). Psychotherapeutic benefits of CFT. Journal of Psychotherapy Integration, PMC4413786.
(12) Neff, K.D. & Germer, C.K. (2013). Mindful Self-Compassion program. Journal of Clinical Psychology, 69(1), 28-44.
(13) Ryff, C.D. & Singer, B.H. (2008). Eudaimonic approach to psychological well-being. Journal of Happiness Studies, 9, 13-39.
(14) Payne, P., Levine, P.A. & Crane-Godreau, M.A. (2015). Somatic experiencing. Frontiers in Psychology, PMC4302382.
(15) Craig, A.D. (2009). The anterior insula and human awareness. Nature Reviews Neuroscience, 10, 59-70.
(16) Winhall, J. (2021). Treating Trauma and Addiction with the Felt Sense Polyvagal Model. Routledge.
