
© "How Not to Shoot Thor's Well" by Zach Dischner is licensed under CC BY 2.0
Avez-vous déjà remarqué que, selon votre état intérieur, ce que vous vous dites sur vous-même se colore de façon radicalement différente ?
Cette hypothèse, que la théorie polyvagale et les neurosciences affectives permettent aujourd'hui de fonder, je la vérifie chaque jour en clinique, mais aussi en moi, avec ma fille et mes proches : la narration suit l'état. C'est fascinant, et parfois bouleversant à observer.
Quand le système nerveux autonome (SNA) bascule en état de menace (sympathique en hyperactivation, ou dorsal en effondrement), le discours intérieur change radicalement.
Ce n'est plus la même voix. Ce n'est plus le même "je".
En sécurité : "Je suis capable, les autres sont bienveillants, les défis sont surmontables."
En insécurité : On passe de la colère et du combat à "Je suis nul(le), je dérange, ça ne sert à rien d'essayer."
Le plus troublant ? La personne ne perçoit pas ce glissement. Elle pense simplement avoir une pensée vraie sur elle-même. Ce phénomène, je l'observe aussi bien chez des cadres en transition professionnelle que chez mes clients expatriés traversant une période de déstabilisation loin de leurs repères.
Nous supposons volontiers que nos pensées reflètent ce que nous sommes. La défusion cognitive de Hayes invite déjà à en douter. Mais ici, nous allons plus loin.
Ce que la théorie polyvagale nous enseigne, c'est que la grande majorité des signaux du SNA remontent du corps vers le cerveau, en deçà du seuil de conscience. Notre narratif de soi - notre histoire sur qui nous sommes - est coloré, en temps réel, par notre état physiologique. Ce que vous pensez de vous-même est profondément façonné, à votre insu, par l'état de votre système nerveux.
Reconnaître ça en séance est souvent un moment charnière. Pas pour invalider la souffrance. Mais pour introduire une question libératrice :
"Est-ce que c'est ce que tu penses de toi... ou est-ce que c'est ce que ressent ton système nerveux en ce moment ?"
Nos réactions autonomes ne relèvent pas d'un échec personnel. Le corps fait ce qu'il a appris à faire pour vivre, survie comprise. On ne culpabilise pas un patient de ne pas contrôler son taux d'insuline. Pourquoi le culpabiliser de ne pas contrôler son système nerveux autonome ? Cette question prend une résonance particulière pour les expatriés dont le système nerveux est soumis à des stress d'adaptation culturelle souvent sous-estimés.
Ce qui s'ouvre alors, c'est un travail de régulation du système nerveux - pas de jugement - un travail concret, expérientiel, et orienté vers le changement réel. En thérapie en ligne, ce travail est tout à fait possible, où que vous soyez dans le monde en accédant à la prise de rendez-vous ici.
