La sécurité intérieure est facteur du choix, du contexte et de la connexion/attachement

Epuisement Déprime Transitions Anxiété Emotions Solitude Deuils Dépendances Confusion ?

Blog 

Les derniers articles

Le ressourcement

 

Le ressourcement ne recharge pas un réservoir vide : il désactive un signal de danger perçu par le système nerveux.

 

La clinique du ressourcement

 

Se sentir vivant ne relève pas forcément d'un état d'esprit

 

Notre corps envoie en permanence des signaux vers notre cerveau : le souffle qui se pose, la chaleur dans la poitrine, le ventre qui se détend après une longue journée. Si l'attention se porte sur ces signaux, c'est l'intéroception qui permet de les entendre, et ce flux informe l'organisme qu'il est vivant. Ces fourmillements biologiques peuvent être un signe de vitalité par l'idée de mouvement qui se poursuit même en étant bien enfoncé dans un fauteuil. Ou bien l'inverse...

 

Et aussi, quand quelque chose s'est coupé, par exemple après un burnout, une rupture ou un passage difficile, c'est souvent ce sens-là qui s'est mis en veille, ce lien subtil entre ce qui est vécu et ce qui est ressenti, et cela impacte, sans qu'on en ait conscience, les capacités cognitives, la volonté et même le sentiment de soi, l'identité.

 

La fatigue n'est pas une jauge, c'est une émotion communiquée par le SNA

 

Le modèle du gouverneur central, développé par Noakes et son équipe, propose que la fatigue ne serait pas la mesure directe d'un épuisement métabolique réel, mais une sensation consciente générée par le cerveau pour protéger l'organisme d'un danger anticipé.

 

Le corps intègre en continu des signaux physiologiques et le cerveau ajuste la sensation de fatigue en fonction de ces afférences, sans que cette sensation corresponde nécessairement à un épuisement réel des ressources disponibles. Cette sensation est décrite comme une émotion complexe, influencée par la motivation, la mémoire des efforts passés et d'autres états affectifs comme la peur ou la colère. [1][2]

 

Noakes qualifie explicitement la fatigue d'émotion produite par le cerveau, via le système nerveux autonome, pour réguler le comportement et préserver l'homéostasie globale de l'organisme. Ce qui a changé quand un épuisement ressenti comme total se dissout en quelques minutes, c'est l'évaluation du danger par le système de régulation central. [3]

 

Ce qui lève le frein : la sécurité intérieure

 

Rentrer abattu, puis retrouver une pleine disponibilité énergétique au contact d'un dîner entre amis n'est pas une incohérence physiologique. Les interactions sociales de qualité mobilisent l'ocytocine, qui régule directement l'axe du stress et abaisse le cortisol, ce qui retire une partie du signal de menace évalué en continu par le système nerveux. C'est le seuil de sécurité perçu qui change, et le système de régulation autorise alors l'accès à une énergie qu'il gardait verrouillée par précaution. [4]

 

Cette logique s'applique aussi à lire un ouvrage d'Histoire absorbant, retrouver la mémoire d'une composition musicale enfoie en soi, ou vivre une connexion humaine d'une qualité rare. Ces expériences signalent au système nerveux qu'il n'y a plus lieu de se protéger, ce qui suffit à débloquer une énergie qui semblait absente et à décharger la surcharge allostatique.

 

Le pont avec l'enfance : les traces de ressources intactes

 

Les expériences positives de l'enfance sont associées de façon dose-réponse à une meilleure santé mentale et à un plus grand épanouissement à l'âge adulte, indépendamment des expériences adverses. Des expériences positives vécues à l'âge adulte peuvent aussi constituer de véritables points de bascule qui réorganisent la trajectoire de santé mentale, même en présence d'un passé traumatique. [5][6]

 

Certaines expériences adultes fonctionnent donc comme des ressources aussi puissantes que celles de l'enfance : elles activent une continuité affective, preuve sensorielle que le système reste capable de retrouver un état de sécurité.

 

L'articulation clinique

 

Ce qui ressource ne recharge pas un réservoir vide, cela désactive un signal de danger qui maintenait le frein central. Il n'y a pas de voie unique : certaines personnes trouvent cette sécurité par l'intéroception directe, d'autres par des chemins cognitifs ou relationnels qui produisent le même effet régulateur.

 

Une voie sécure existe, elle est documentée

 

La théorie polyvagale de Porges fournit le cadre le plus solide pour cette approche : la neuroception s'appuie sur des indices sensoriels précis qui activent le système d'engagement social ventral vagal et permettent au système nerveux de sortir des états de mobilisation défensive. L'activation répétée de signaux de sécurité sensorielle suffit à recalibrer le seuil de régulation et à élargir la fenêtre de tolérance. [7]

 

L'approche de Somatic Experiencing formalise cette logique sous le nom de travail orienté ressources : avant toute confrontation avec le contenu traumatique, le thérapeute aide le client à identifier et ancrer des sensations corporelles agréables, de compétence ou de puissance. La clinique du ressourcement a une place centrale : demander au client ce qui est agréable somatiquement n'est jamais en contradiction avec le travail thérapeutique. [8]

 

Une vigilance importante demeure

 

Une intéroception validée comme agréable par le client peut malgré tout devenir un déclencheur, pour trois raisons documentées.

 

Le phénomène de l'anxiété induite par la relaxation

 

Entre 15% et 53% des adultes rapportent devenir anxieux pendant des activités pourtant choisies comme relaxantes. Certains signes physiologiques du relâchement sont interprétés comme une perte de contrôle par un système nerveux resté en hypervigilance. [9][10]

 

Le modèle de l'évitement du contraste

 

Passer d'un état tendu à un état de bien-être crée un contraste émotionnel abrupt que le système redoute. Ce n'est pas la sensation agréable qui pose problème, mais le saut d'état qu'elle impose. [11]

 

Le partage de canaux physiologiques avec le trauma

 

Une sensation agréable peut recouper les mêmes canaux somatosensoriels qu'un épisode traumatique passé. La validation cognitive préalable n'empêche pas une réaction implicite de l'amygdale. [12]

Ce risque reste statistiquement minoritaire et justifie seulement de garder disponible un ancrage de sécurité vers lequel revenir.

 

Ressource déjà validée versus exploration nouvelle

 

Une ressource déjà validée par le client, éprouvée à plusieurs reprises, ne présente pas le même profil de risque qu'une exploration nouvelle proposée en séance. Un signal de sécurité expérimenté plusieurs fois construit un apprentissage inhibiteur stable, alors qu'une sensation nouvelle reste théoriquement exposée à un recoupement avec un circuit de menace non extinct. [12]

 

Une ressource somatique déjà validée, comme lire un livre d'Histoire ou retrouver une composition musicale (trace de créativité), a donc un statut différent : elle a fait ses preuves hors cadre thérapeutique, sans déclenchement rapporté.

 

La clinique du ressourcement a donc une boussole claire : rechercher, utiliser et développer ce qui a déjà marché dans le passé mais dont l'accès a été raréfié.

 

Ce travail de ressourcement est à la fois possible et extraordinaire : vous pouvez l'initier avec moi en prenant rendez-vous sur la page "Modalités".


 

Sources

[1] Noakes TD, St Clair Gibson A, Lambert EV. From catastrophe to complexity: a novel model of integrative central neural regulation of effort and fatigue during exercise in humans. Br J Sports Med, 2005;39(2):120-124.

[2] St Clair Gibson A, Baden DA, Lambert MI, et al. The conscious perception of the sensation of fatigue. Sports Med, 2003;33(3):167-176.

[3] Noakes TD. Fatigue is a Brain-Derived Emotion that Regulates the Exercise Behavior to Ensure the Protection of Whole Body Homeostasis. Front Physiol, 2012.

[4] Feldman R et al. The role of oxytocin in social bonding, stress regulation and mental health. Psychoneuroendocrinology.

[5] Bethell C et al. Positive Childhood Experiences and Adult Mental and Relational Health. PMC, 2019.

[6] Crandall AA et al. Positive adult experiences as turning points for better health. PMC, 2023.

[7] Porges SW. The polyvagal theory: new insights into adaptive reactions of the autonomic nervous system. Cleve Clin J Med, 2009;76(Suppl 2):S86-S90.

[8] Payne P, Levine PA, Crane-Godreau MA. Somatic Experiencing: using interoception and proprioception as core elements of trauma therapy. Front Psychol, 2015;6:93.

[9] Rausch SM et al. Relaxation-induced anxiety: predictors and subjective experience. J Anxiety Disord.

[10] Newman MG, Llera SJ. The paradox of relaxation training: relaxation induced anxiety and mediation effects of negative contrast sensitivity in generalized anxiety disorder and major depressive disorder. J Affect Disord, 2019.

[11] Boswell JF et al. Anticipation of interoceptive threat in highly anxiety sensitive persons. Behav Res Ther, 2008.

[12] Krypotos AM et al. Temporal dynamics of relief in avoidance conditioning and fear extinction: experimental validation and clinical relevance. Behav Res Ther, 2017.